Discours d’Olivier Jardé – Député de la Somme – Congrès extraordinaire du Nouveau Centre du 25 février 2012


logo du Nouveau centreChers amis,

Député depuis 10 ans, vous me connaissez plus par mon travail patient, mon écoute attentive, ma disponibilité à tous, que par mes prises de positions publiques, mon souhait d’occuper des fonctions ou ma recherche des journalistes.

Jamais, je n’ai proposé de motion dans nos congrès!

Pourquoi me départir aujourd’hui d’une attitude que le « noviciat » d’abord, mon caractère ensuite, m’imposait ?

Parce que, chers amis, l’heure est grave et qu’il ne s’agit plus de prendre des positions en forme de postures, de trier entre les candidats qui ambitionnent de nous diriger,  ni même de défendre telles ou telles politiques auxquelles nous tenons.

Ce qui est en jeu est notre survie, notre existence même, et avec elle, un autre regard sur la société, sur le Monde, sur la France. Notre pays, comme l’occident tout entier, est dans une crise d’une ampleur sans pareil. Elle n’est pas, nous le savons bien, que financière ni même économique et sociale.

Cette crise, chers amis, touche au cœur de nos genres de vie et plus encore peut être, à nos conceptions de la vie, à notre organisation du vivre ensemble, à l’équilibre nouveau des droits et devoirs de chacun, c’est-à-dire aux limites ténues de la tolérance, de l’individualisme, du droit à la différence.

Cette crise nous interroge sur l’avenir d’une Europe qui a toujours été au cœur de nos engagements et qui, aujourd’hui,  avec le problème  de la dette,  balance dangereusement entre solidarité et repli sur soi. Dans l’urgence, il faut mettre sur la table les laxismes, les dévoiements de crédits européens, la lourdeur des procédures et l’exigence de rigueur qui prend parfois le visage de l’égoïsme national.

Et pendant ce temps-là, mes amis, dans l’ébahissement général : nous nous éparpillons!

Au moment où il faudrait refonder une pensée politique que les événements imposent, NOUS, nous tenons congrès, sans objectif, sans proposition réelle, seulement pour choisir à qui nous rallier, faute d’avoir su nouer une véritable alliance!

De ma modeste place, j’ai tout fait pour ne pas en arriver là!

Au tout début de l’hypothèse Borloo, je lui ai écrit, comme à Hervé Morin puis je les ai rencontrés. Mon discours était simple : j’approuve totalement une candidature du Centre élargi qui apportera une force supplémentaire à la majorité présidentielle. Elle deviendrait inutile, voire dangereuse, si les sondages ne lui accordaient pas un score à deux chiffres à la fin de l’automne.

Ils ont approuvé ma position.

Hervé m’a précisé que toute position du Nouveau Centre serait définie par un Congrès. J’ai approuvé en lui disant que « quelle que soit ma position personnelle je me rallierai loyalement à la décision majoritaire du Congrès »

Ma surprise a été grande en apprenant qu’Hervé annonçait sa candidature sans l’aval du Congrès déclenchant bientôt des prises de positions divergentes, l’incompréhension de certains militants, l’étonnement de nos sympathisants, l’ironie de la presse et, très vite, l’effondrement dans les sondages et l’incompréhension de nos partenaires.

Aujourd’hui Hervé nous propose un congrès de rédemption, ou un vote effacerait une faute.

Nous ne pouvons accepter une telle pratique que nous condamnons si souvent chez d’autres. Par amitié et par respect pour le courage de sa démarche, je m’y serais résigné si, au bout de son chemin, il était venu au Congrès nous dire ce qu’il avait obtenu de l’UMP…

Hélas, RIEN!

Autant j’avais admiré et félicité Hervé en 2007 d’avoir trouvé une issue acceptable à l’impasse Bayrou, d’avoir préservé notre identité, permis un groupe au Parlement, obtenu des postes de Ministres et affirmé une ligne politique claire, autant je dis qu’il faut condamner, pour notre avenir même, une ligne politique qui nous rendrait dociles pour quelques postes, rebelles par ambition, soumis par crainte des conséquences!

Nous payons, cher Hervé, et ce n’est pas fini, ton aventure non légitimée par un Congrès. Nous voilà divisés, ayant perdu la confiance de nos alliés, qui admettent nos différences, mais moins nos pas de clercs.  Nous voilà ravalés, pour le grand public, au niveau de Dupont-Aignan même pas Villepin, Boutin ou Joly. Tu n’as même pas obtenu les signatures indispensables à une candidature !

Tu as engagé le nom et les finances du parti dans une impasse dont nous ne tirons aucun bénéfice puisque, et c’est mon reproche essentiel, nous n’avons aucune assurance que nos idées ou propositions soient prises en compte par Nicolas Sarkozy!

Ma motion veut affirmer que le Centre a une totale légitimité à présenter une candidature à l’élection Présidentielle dès lors qu’elle sert la singularité de ses propositions, la notoriété de ses responsables, l’espérance d’un nouveau rassemblement. Sans cela elle n’est qu’un chemin d’ambition individuelle sans avenir réel.

Ma motion ne vise pas à disqualifier Hervé, à qui je garde toute mon amitié, elle souhaite d’abord, pour NOUS, pour nos partenaires, pour les Français, redonner une cohérence à notre démarche, une légitimité à notre positionnement.

Une cohérence. Nous avons voulu en 2007, être dans la majorité présidentielle. Nous avons écarté la troisième voie que proposait François Bayrou que nous avons jugée sans issue et probablement aussi dangereuse qu’utopique.

Utopique, car il ne suffit pas, pour convaincre les Français, de brocarder la droite et critiquer la gauche pour les rallier l’une et l’autre à ses propositions ! Dangereuse, car les chemins d’unanimité sont des chemins de montagne où voir loin occulte, trop souvent, les précipices.

Nous avons voté toutes les grandes réformes de ce quinquennat,  et, pour ma part, j’en suis fier. Le service minimum, la carte militaire, Hervé, la carte judiciaire, la réforme constitutionnelle, les droits nouveaux du parlement et des citoyens, la place de l’opposition à la commission des finances, la réforme des universités, la réforme des retraites, la réforme des collectivités territoriales et maintenant le nouveau traité européen, la règle d’or, le soutien à la Grèce ou l’intervention en Libye.

Oui, souvent nous aurions souhaité faire autrement, avec plus d’attention aux personnes, moins de provocations dans les communications, plus de modestie dans les annonces.

Mais tel quel, qui peut dire que ce bilan est médiocre et que la France ne sort pas mieux armée pour affronter l’avenir ? Qui peut penser qu’on aurait pu faire autrement qu’emprunter pour soutenir la consommation ? Relancer l’investissement et maintenir le système bancaire ? N’est-ce pas François Hollande, n’est-ce pas Martine Aubry, elle-même qui trouvaient que ce plan était « petit », sans ambition et donc inefficace ? N’est-ce pas les mêmes qui trouvaient le Grand emprunt, ridiculement petit ?

Ils viennent aujourd’hui affirmer que l’on a trop emprunté !

Chers amis, dans ces 5 ans passés, nous avons lieu d’être fiers de ce qui a été réalisé mais nous avons raison de dire qu’on aurait gagné à adopter un autre style, que nous aurions pu éviter les postures qui blessent, les entêtements (comme le bouclier fiscal) qui dénaturent le projet, les maladresses qui passent pour du népotisme.

Je le dis clairement: notre chemin n’est pas, et ne saurait être, dans un reniement de 2007 ou pire un « remake », c’est-à-dire un vote Bayrou au premier tour et un vote Sarkozy au second qui sera, évidemment interprété, comme le reniement de nos convictions au profit de nos intérêts, comme François Hollande avec les Verts : abandonner ses idées pour assurer l’élection.

Nous y perdrions probablement et l’un et l’autre, et plus encore : notre dignité!

Oui, la cohérence et la dignité nous commandent un choix clair et ferme en faveur du Président de la République. Mais notre légitimité est de préserver notre capacité d’enrichir le projet présidentiel ou d’en nuancer les propositions les plus abruptes : c’est le sens de ma motion.

Une légitimité à être différent !

Il ne s’agit pas pour moi de négocier, ni d’établir un quelconque rapport de force mais d’engager un dialogue abouti qui, par intérêt mutuel, rassemblerait les propositions des uns et des autres pour en faire une plate-forme mobilisatrice.

Nicolas Sarkozy s’engage fortement dans l’amitié Franco-Allemande. Nous nous en réjouissons. Nous nous souhaitons une Europe plus fédérale, plus solidaire aussi. Mais nous comprenons que l’Allemagne nous demande une règle d’or avant d’avoir à solder nos fins de mois. A l’inverse de Bayrou ou de Hollande, nous savons bien que rien ne sera possible en matière « d’Euros bonds » tant que leur émission ne servirait qu’à payer les dettes de cigales imprévoyantes. En revanche nous souhaitons des « euros bonds » fondés sur un impôt européen qui les garantirait.

Nous sommes pour une réforme plus ambitieuse des collectivités territoriales et notamment je souhaiterais une vraie politique d’aménagement du territoire, comme dans les années 70 ou des zones de reconversion ont été puissamment aidées par l’Etat puis par l’Europe. On ne peut pas industrialiser la Pologne ou la Roumanie contre la France ou l’Italie! Je souhaiterais aussi que l’Etat s’engage plus résolument dans les réseaux à très haut débit et dans ces nouvelles technologies de l’information et de la communication qui vont transformer le monde et, bien sûr, notre pays.

Nous n’en sommes qu’au début. Demain l’emploi, avec le travail à distance, le tourisme, la médecine, les relations commerciales, personnelles et administratives, l’école et l’Université autant que l’apprentissage, l’expression même de la démocratie à travers les sondages ou les référendums instantanés bouleverseront nos quotidiens ; il est temps de s’y préparer avant que le marché, seul, impose ses règles et dicte ses lois.

Mais ce n’est pas le lieu, chers amis, de faire notre programme. Ce qui me semble important c’est que nous décidions, aujourd’hui, de conduire une délégation réduite pour engager ce dialogue avec nos partenaires.

Abouti, ce dialogue nous permettrait de dire à nos sympathisants, les motifs de notre soutien (et non notre ralliement) à Nicolas Sarkozy. Ajouté à la fierté du bilan partagé, nos propositions rassembleraient au lieu d’éparpiller et rendraient cohérence et enthousiasme à tous ceux, nombreux, qui ont la certitude que le Centre n’est pas une simple posture et que l’élire n’est pas un refus de choisir mais au contraire d’offrir un plus de valeurs et de sensibilité à une ligne politique rigoureuse.

2 réflexions au sujet de « Discours d’Olivier Jardé – Député de la Somme – Congrès extraordinaire du Nouveau Centre du 25 février 2012 »

  1. Bravo Monsieur Jardé !
    J’approuve à 100% vos propos. Quel dommage et quel gâchis cette candidature d’Hervé Morin. J’ai été tellement mécontent que je n’ai toujours pas repris mon adhésion au parti du Nouveau Centre.
    Oui il faut soutenir la politique présentée par le parti du président sortant car c’est à mes yeux, la seule qui offre une perspective de sortie de crise et de stabilité pour les prochaines années.
    C’est vrai que tout n’a pas été parfait depuis 2007 mais je pense que les bonnes décisions ont été prises surtout après la crise de 2008. Heureusement que cette majorité gouvernait le pays sans quoi, la situation serait certainement bien plus grave aujourd’hui !
    Mais franchement, la méthode et la manière sont totalement à revoir… Je n’approuve pas du tout le comportement du chef de l’état au cours de ce quinquennat. Le personnage me déplaît particulièrement et je ne me retrouve pas dans sa représentativité.
    J’en suis au point de me dire que l’élection pourrait voir Hollande élu par contestation contre Sarkozy et une majorité dite de droite sortie des urnes lors des législatives pour maintenir la politique de raison.
    Que le groupe du Nouveau Centre puisse influer sur la méthode du président candidat, voilà ce que je souhaite ! Qu’il devienne incontournable dans les prises de décisions ! Qu’il demeure autonome tout en acceptant les autres courants politiques partageant ses convictions.
    Recevez, Monsieur le Député, l’expression de ma considération distinguée.

    • Cher Monsieur,
      Merci pour votre analyse.
      Effectivement, les réformes de cette majorité présidentielle sont très importantes pour notre pays et notre avenir.
      Certaines ne sont pas encore perceptibles mais l’avenir nous donnera raison.
      Comme vous, je souhaite que cette majorité soit maintenue pour les prochaines années avec le soutien d’un groupe centriste fort, qui saura insérer les valeurs humanistes auxquelles je crois et pour lesquelles je me suis battu tout au long de mon mandat.
      Considération distinguée
      Olivier Jardé

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