Retrouver l’esprit citoyen

En ces temps électoraux, on nous rappelle par cent moyens qu’il faut aller voter car c’est la base de la citoyenneté.

La base sans doute, mais peut-on s’en contenter ?

Le vote ne fait que couronner une démarche citoyenne : elle ne la crée pas !

La démarche citoyenne suppose de dépasser son intérêt personnel pour élever sa réflexion au niveau de l’intérêt général, de ne plus poser la question traditionnelle : « que faites vous pour moi » pour se demander « que faire ensemble ? », d’aller à l’essentiel et délaisser ce qui est mesquin, secondaire, ou pire, calomniateur.

Je ne vous cache pas que j’ai été déçu par ces réunions publiques où trop de questions tournaient sur ce que les journalistes appellent de vraies questions et qui ne reflètent en vérité que les problèmes personnels de ceux qui les posent : que faites-vous pour l’agriculture maraîchère ? Pour les petites entreprises ? Pour les fonctionnaires, ou les chômeurs?

Rien de tout cela n’est secondaire ou méprisable mais qui peut penser qu’en faisant semblant de répondre à ces questions le candidat a répondu à une seule des vraies questions qui se posent à la France, c’est à dire, à nous tous ?

Etre citoyen, c’est d’abord s’informer pour tenter de comprendre les enjeux et les solutions proposées. Faute de cet effort « citoyen », la démocratie risque de se diluer dans un populisme dangereux où des problèmes mal définis aboutissent à des solutions dramatiques.

Alors il ne faut plus s’étonner de voir la place que prend la démagogie, voire le mensonge, dans la panoplie des remèdes miracles.

Revenir à la démocratie, c’est cantonner les corporatismes dans leur domaine et leur refuser le droit de définir l’intérêt général à partir de leur égoïsme, aussi légitime soit-il.

L’intérêt général de la France n’est pas l’intérêt des agriculteurs plus celui des commerçants, puis celui des fonctionnaires, des magistrats, des policiers, des agents de la SNCF, des harkis et tant d’autres qui nous saisissent de leurs légitimes revendications en oubliant que c’est l’intérêt général que nous avons à défendre et pas l’un ou l’autre en particulier.

Revenir à la démocratie, c’est nous reconnaître responsable de notre vie et pas de demander à l’Etat de réparer indéfiniment nos travers ou nos erreurs. S’il est vrai que tel ou tel de nos concitoyens a été frappé durement par la vie et qu’il a un droit entier à notre solidarité, combien d’autres ont refusé l’effort par paresse, le travail par facilité, la responsabilité par tranquillité et qui, lorsque leur vie quitte la route, exigent indéfiniment aides et assistances, pensant sans doute que l’échec, en lui même, justifie l’effort demandé aux autres.

C’est sur ce chemin d’esquives que des parents finissent par demander à l’Ecole d’éduquer leurs enfants et la rendent responsable, elle, de ce qu’ils n’ont pas su assumer eux !

C’est dans ces vallées d’illusions que l’on croit pouvoir être généreux avec l’argent des entreprises en faisant semblant de croire qu’elles peuvent payer autre choses que ce que nous leurs avons acheté.

Hélas, au bout de ces autoroutes du rêve, la désillusion, sans prévenir découvre sa face grimaçante et dans la révolte et l’aigreur, des peuples atterrés entrevoient des vérités déshabillées qui, dans les larmes, leur réapprennent le sens civique.

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