J’ai entendu Eva Joly…

Depuis le début de cette campagne présidentielle, j’écoute avec attention tous les candidats, rien ne me semblant pire, en politique, que refuser d’écouter L’AUTRE, quel qu’il soit et, si possible, avec objectivité, afin de mieux comprendre mes différences, mes divergences et mes points d’accord sur l’analyse, les objectifs et les moyens.

Je voudrais en quelques jours, vous donner mes réflexions sur ces propos entendus et faire l’analyse de ce que je pense des propositions faites.

Commençons, Honneur aux dames et à l’âge, par Eva Joly.

Son cheval de bataille, le développement durable, est un vrai problème de société. Mondial par sa nature, urgent par ses conséquences sur notre avenir et celui de la planète, complexe par ses aspects scientifiques, incertain dans ses effets, très liés au temps, à coup sûr, systémique dans ses conséquences : en entrant dans la stratégie proposée, notre vie quotidienne en serait bouleversée.

Pourquoi peine-t-elle à convaincre?

Le catastrophisme ne « marche » en politique qu’accompagné des solutions qui promettent un avenir meilleur. Avec Eva Joly, non seulement le climat s’enflamme, les terres sont inondées, les centrales nucléaires se transforment en bombes, la famine menace, faute de terres pour cultiver, mais en plus, les solutions passent toutes par des modifications fondamentales de nos genres de vie en restreignant tout ce qui nous semble aujourd’hui essentiel.

Avec elle, nous faisons de la « rétro perspective », c’est-à-dire que le progrès consisterait à revenir en arrière dans un monde où les moyens de déplacement seraient réduits, les habitats concentrés pour éviter les déplacements, les emplois pour dépolluer remplaceraient les emplois pour produire, la règle constitutionnelle « du principe de précaution » serait appliquée dans toute sa rigueur simpliste : est interdit tout ce dont on ne peut mesurer les effets à long terme ! Comme, par définition, le futur est incertain, la recherche est bloquée, l’innovation parcimonieuse, le risque banni, l’espoir enterré!

S’ajoute à cette vision peu enthousiasmante de notre avenir, un comportement politique étrange. J’aurais compris qu’elle renonce à sa candidature pour négocier des places à l’élection législative. J’aurais aussi compris, qu’à l’inverse, elle considère son projet non directement compatible avec celui de François Hollande et se présenter sans rien négocier, comme le fait Jean-Luc Mélenchon.

Non ! Elle négocie un accord mais se présente quand même : c’est original mais peu compréhensible et donc pas compris!

Son passé, son caractère, son style ajoutent encore à l’austérité de son discours et rien ne nous donne envie d’aller vers le monde qu’elle nous annonce.

Comme tous les scientifiques, je suis sensible aux problèmes d’environnement car nous savons bien que causes et effets s’enchaînent inlassablement pour produire des environnements instables où, ce qui guérit aujourd’hui, peut condamner demain. Mais nous savons aussi, avec la même force, que les hommes ont toujours su trouver des réponses aux problèmes que la nature posait. A chaque étape, le progrès a été payé d’erreurs, de douleurs, de morts mais qui souhaiterait revenir en arrière ?

S’il a peur du  progrès, l’homme se condamne à la régression et pire, à la violence qui s’impose immanquablement lorsqu’il faut partager parce qu’on ne produit plus assez. Est-ce que, par précaution, on aurait du abandonner le charbon (qui a fait des milliers de morts) l’acier (tant de guerres) le pétrole, l’électricité, les cultures améliorées, les médicaments nouveaux…

Personne n’y songe!

Qu’il faille du bon sens et non le simple appât du gain pour aller vers le progrès : c’est évident ! Qu’il faille avoir peur de l’avenir au point de l’interdire, voilà ce que les français, avec bon sens, refusent en refusant leur voix à Mme Joly.

On nous promet une jeune écologiste parachutée pour les prochaines législatives : déjà inerte et comme allergique au progrès, notre cité sombrerait pour longtemps dans ces zones de déclin où le repli sur soi devient une philosophie, presque une ascèse.

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